Reine
Merci à Pascal Boyard pour la réalisation de cette page
L’INTRODUCTION DE REINE
Nous sommes amenés en apiculture à introduire une reine dans une
ruche ou une colonie qui n’est pas son lieu de naissance. Cette
opération particulièrement délicate nécessite de s’y préparer.
Voici un document que je trouve particulièrement intéressant de
par son contenu.
Tous les apiculteurs désireux de pratiquer une introduction de
reine devraient avant tout lire ce document.
Il m’a expliqué un certain nombre d’observations que j’ai ou que
d’autres ont pu faire sur ce sujet. En particulier les raisons
du succès ou de l’échec de pratiques d’introductions
Extrait de La Belgique Apicole,
Article du Frère ADAM, O. S. B.
16(3), 1952, p 37-44
Abbaye St. Mary, Buckfast, Grande Bretagne
L'article original : Das Zusetzen von Königinnen, en
allemand
Traduction et adaptation française
Schweiz. Bienenztg. 73 1950 (6):267-273, (7):314-316
par Georges Ledent
Avec leur permission.
L'auteur, dont le nom est favorablement connu des apiculteurs
belges, a présenté au Congrès international de Leamington-Spa,
un rapport très intéressant sur l'introduction des reines,
rapport que nous avions promis de reproduire dans notre revue.
Il nous a semblé que nos lecteurs apprécieraient encore
davantage l'article, sur le même sujet, publié par le Frère Adam
dans "Schweizerischen Bienenzeitung", dont nous devons la
parfaite traduction à notre excellent et dévoué collaborateur,
Georges Ledent.
L'introduction des reines est certainement l'un des problèmes
essentiels de l'apiculture.
A part le temps, sur lequel nous n'avons pas de prise, la reine
est la quintessence du succès et de la productivité d'une
colonie.
L'adjonction d'une reine jeune et vigoureuse nous permet de
renouveler le ressort vital de la population, de la rajeunir et
de la maintenir constamment au faîte de sa capacité.
Bien plus, nous disposons là d'un moyen de parer à la plupart
des troubles et des soucis dont l'apiculture est affectée.
Malheureusement, l'introduction des reines, telle qu'elle a été
pratiquée jusqu'ici, entraîne beaucoup de difficultés et
d'échecs.
De fait, chaque année, des milliers de précieuses reines sont
perdues au moment où elles auraient entamé leur activité utile
de pondeuses, par méconnaissance de la cause déterminant
l'acceptation d'une nouvelle reine.
Cette cause, simple et lumineuse cependant, échappait à la
compréhension de l'apiculteur à la suite d'une fausse conception
entourée de mystère.
Des conclusions erronées ont été tirées des essais et des
observations.
Les évaluations de professionnels de confiance donnent 50 % de
pertes en reines à l'introduction.
Ceci peut paraître exagéré à beaucoup de gens.
Cependant, suivant nos propres expériences au cours des années
passées, cette évaluation ne serait guère forcée si nous y
rangions, outre les reines mises à mal lors de l'introduction,
celles aussi qui, acceptées sans doute, sont endommagées de
quelque manière.
Cette perte indirecte, due à endommagement est souvent plus
importante que celle résultant de la mise à mort immédiate des
reines.
Une colonie à reine défectueuse - le défaut n'a pas besoin
d'être visible - est pratiquement sans valeur.
Souvent de telles reines sont la cause d'échecs constants.
Les colonies qui en sont affligées, se remèrent après quelques
semaines ou quelques mois, souvent, à l'insu de l'éleveur, ou
bien conservent la reine endommagée et n'atteignent jamais les
effectifs, ni la productivité normaux.
C'est pourquoi nous considérons un procédé d'introduction
correct, mettant la reine à l'abri de toute lésion ou
endommagement quelconque, comme une des rares choses qui
importent véritablement en apiculture. C'est la pierre
angulaire de toute notre industrie apicole d'élevage à Buckfast.
Nous estimons avoir atteint le double but que nous nous étions
assigné : non seulement, arriver à ce que chaque reine soit
acceptée, mais encore que chacune se mette immédiatement à
l'oeuvre, dans sa nouvelle demeure, avec toutes ses forces et
toute sa fécondité.
Toutes les méthodes antérieures d'introduction reposent sur la
théorie qu'une reine étrangère doit, avant d'être acceptée,
avoir acquis d'une façon ou de l'autre, l'odeur de la colonie où
l'on va l'introduire.
On présupposait que chaque colonie possédait une odeur propre et
qu'une nouvelle reine devait, au préalable, être mise un certain
temps encagée dans sa demeure adoptive pour prendre la nouvelle
odeur.
Il fallait tout d'abord la présenter aux abeilles pour qu'elle
soit bien reçue.
Et voilà que se pose la question : existe-t-il des preuves que
chaque colonie a une odeur propre ?
Des travaux récents de savants compétents confirment notre
opinion suivant laquelle l'odeur individuelle d'une colonie
n'existe pas.
La démonstration scientifique de l'existence d'une telle odeur
caractéristique et distinctive pour chaque colonie, permettant
aux abeilles de différencier leurs compagnes des abeilles
étrangères, est encore à faire.
L'expression "odeur de la colonie" est liée à l'idée que les
abeilles répandent des effluves conférant à chacun des membres
de la colonie une odeur uniforme et caractéristique, variant
d'une colonie à l'autre.
Comme déjà dit, toute preuve concluante de pareille supposition
fait défaut.
Il y a bien une odeur de ruche ? arôme combiné de rayons,
surtout les vieux, et de propolis, miel, pollen, couvain, etc.
Il est hors de doute que le genre et l'intensité de cette odeur
de ruche varient suivant la saison, la température, la miellée,
etc.
Mais ces variations de colonie à colonie ne peuvent guère servir
de signe de reconnaissance lorsqu'il s'agit de colonies d'un
même rucher qui sont tributaires de conditions extérieures
semblables et pour cette raison n'accuseront pas de grandes
différences non plus à l'intérieur de la ruche.
Effectivement, nous allons maintenant démontrer que ce n'est pas
par l'odeur de la ruche que les abeilles se reconnaissent.
Que la reine possède une odeur particulière, à laquelle les
abeilles la reconnaissent, ne fait pas de doute. Mais que
chaque reine ait une odeur différente et puisse en donner
communication aux abeilles paraît invraisemblable sous l'angle
expérimental.
De même, l'odeur répandue par la glande à parfum située au bout
de l'abdomen des ouvrières, ne semble pas être un signe de
reconnaissance pour chaque colonie.
Le but de ce parfum est d'attirer vers un point donné les
abeilles d'une colonie ou d'un essaim.
Mais ce parfum n'est pas, de toute évidence différent de colonie
à colonie, sans quoi le désarroi souvent observé lorsque
plusieurs essaims sortent en même temps et puis rentrent, ne
pourrait se produire.
La puissance attractive de ce parfum doit être considérable, car
nous savons que les abeilles peuvent être entraînées par lui à
se joindre à un essaim étranger ou à rentrer dans une ruche
étrangère où elles sont souvent mises à mort.
Nous avons distingué "odeur de ruche" et "odeur de colonie".
Les observations suivantes montrent qu'il y a lieu de bien les
séparer.
L'opinion très répandue que toute odeur forte couvre l'"odeur de
la colonie", repose visiblement sur une erreur.
Le salicylate de méthyle, par exemple a une odeur très
pénétrante et pourtant quand on l'utilise on n'a jamais constaté
de pillage.
Bien utilisée, cette substance n'a effectivement, semble-t-il,
pas d'action visible sur les abeilles. Par contre, la
liqueur de Frow provoque, plus que tout autre produit, le
pillage et c'est son gros inconvénient. La créosote
engendre également le pillage.
Cependant, à notre avis, ce n'est pas l'odeur de la liqueur de
Frow ou de la créosote qui cause le pillage et nous pensons, par
contre, que les vapeurs en question provoquent une sorte
d'engourdissement des abeilles et leur font perdre l'instinct
naturel de défense de leurs provisions.
Pourquoi donc l'Izal et l'acide carbonique ont-ils un effet
opposé, consistant à tenir à distance les pillardes ?
Si toute odeur forte devait, par elle-même, couvrir l'odeur de
la ruche, tous ces produits devraient avoir le même effet.
Ceci n'étant pas le cas, i! faut bien admettre que ce n'est pas
l'odeur qui joue le rôle principal et, par suite, que ce n'est
pas non plus l'odeur de la ruche qui est le signe auquel les
abeilles se reconnaissent entre elles.
Jusqu'ici, nous n'avons pu trouver de preuve de l'existence
d'une odeur de colonie individuelle et toutes nos observations
et expériences - en particulier dans le domaine de
l'introduction des reines - démontrent que "l'odeur de la
colonie" est du domaine de la fable.
Il n'y a là que l'interprétation commode et en apparence
plausible de phénomènes et de réactions dans le peuple des
abeilles, qu'on ne peut encore éclaircir de façon satisfaisante.
En réalité, nous ne savons pas encore à quoi les abeilles se
reconnaissent entre elles.
Nous connaissons toute une série de cas où, après introduction
d'une reine, les batailles les plus violentes se déchaînèrent
parmi les abeilles de la ruche ayant reçu la reine, bien que
notre méthode d'introduction reposât, alors, sur l'idée que la
reine devait au préalable acquérir l'odeur de la ruche.
Ces bagarres duraient souvent jusqu'à ce que ne subsiste qu'une
poignée d'abeilles avec la reine.
La cause n'en était cependant pas une "odeur de la colonie" !
Notre expérience nous amène à conclure que l'"odeur de la
colonie" - si même il en existait véritablement une - ne
jouerait en aucune manière le moindre rôle lors de
l'introduction d'une reine.
Dans tous les cas - quelle que soit la méthode d'introduction -
c'est le comportement de la reine qui est le facteur déterminant
son acceptation ou son rejet.
Ce comportement lui-même dépend de la condition de la reine, au
moment de sa libération.
Ainsi, nous sommes, par exemple, convaincus que si une reine est
emballée ou piquée, son propre comportement en est cause.
Une reine fraîchement fécondée ou vierge sera effarouchée par
l'ouverture de la ruche - même si c'est dans cette ruche qu'elle
est éclose - et elle sera alors souvent emballée ou tuée.
Une reine effrayée de la sorte court parmi les rayons, ce qui
sème l'agitation parmi les habitants et elle se fait attaquer.
Ceci n'est pas seulement le cas quand une ruche est ouverte :
tout dérangement, toute excitation quelconques peuvent avoir les
mêmes effets.
La perte de reines vierges peut parfois résulter de ce qu'un
oiseau les a happées ou qu'elles se trompent de ruche au retour.
Néanmoins, nous croyons que, en bonne partie, ces pertes sont
dues à une excitation à l'intérieur même de la ruche, excitation
provoquant l'attitude hostile des abeilles.
Ici aussi l'absence d'une odeur de la colonie ne peut être
rendue responsable, car la reine vierge appartient bien à la
même colonie : son comportement et sa condition sont les
facteurs décisifs.
Ce que nous entendons par là, nous allons le préciser.
Si une jeune reine, en état de ponte depuis quelques semaines,
mise en cage, est, le jour même, libérée dans une autre colonie,
elle sera acceptée avec certitude.
Ne la libère-t-on que le second jour, elle sera probablement
attaquée et emballée.
L'explication en est, que le second jour, elle ne sera plus
aussi prête à pondre que le premier. Plus l'emprisonnement se
prolonge, plus la probabilité d'acceptation diminue, à moins que
les abeilles ne la nourrissent à travers les mailles de sa cage,
si bien qu'elle se met à pondre normalement sitôt libérée.
Non nourrie et libérée quand même, elle sera tuée ou emballée ou
simplement endommagée de quelque manière, parce qu'elle n'était
pas en état de ponte et ne s'était pas encore remise, donc, de
son incarcération.
Pour cette raison, une reine reçue par la poste doit toujours au
préalable être introduite dans un nucleus formé au moins trois
jours avant son arrivée.
Ce temps permet aux vieilles abeilles de regagner leur ruche;
les jeunes abeilles, seules restantes, nourriront immédiatement
la reine étrangère, la ramèneront à son état naturel et ainsi
l'acceptation sera certaine.
Après quelques semaines de ponte dans le nucleus, la reine
pourra être affectée à sa colonie définitive.
L'emprisonnement prolongé recommandé jusqu'ici a donc l'effet
opposé à celui qu'on en attend.
Il rend l'acceptation plus incertaine, problématique.
Quand, après l'emprisonnement prolongé dans une cage
d'introduction - quel qu'en soit le système - une reine est
quand même acceptée, ce n'est pas parce qu'elle a pris l'odeur
commune, mais, comme déjà dit, parce qu'à sa libération, elle se
trouve dans la condition corporelle convenable et se sera bien
comportée.
Ceci vaut pour toutes les méthodes d'introduction dites
"directes".
Quand nous affirmons que le comportement de la reine est le
facteur principal lors de l'introduction - quelle que soit la
méthode adoptée - nous n'en convenons pas moins que l'état et le
comportement de la population recevant la nouvelle reine
influent sur l'acceptation ou le rejet.
Mais l'apiculteur le plus capable et le plus expérimenté
lui-même, ne peut jamais infailliblement déterminer et prévoir
le moment favorable, physiologiquement, où une colonie est en
condition d'accepter une reine. Jamais nous ne pouvons
suffisamment avoir une vue de toutes les circonstances,
influences, conditions et réactions qui importent ici.
Ce qui fait, que même l'apiculteur le plus prudent et pesant
tout, est bien souvent contraint de s'en remettre au
hasard. Et combien fréquents sont les échecs.
Cependant, l'état de la population et l'humeur des abeilles
n'exercent d'influence que lorsque des reines sont introduites
avant d'avoir atteint leur pleine maturité.
En d'autres termes, une reine sera acceptée avec certitude, tout
à fait indépendamment des caprices des abeilles de la colonie
si, avant l'introduction, elle a atteint un certain âge, si elle
est en pleine ponte.
Qu'entendre par "pleine maturité" ?
Une reine fraîchement fécondée, ayant commencé à pondre, est
nerveuse et s'effraie facilement.
Le moindre dérangement, toute ouverture de la ruche par
l'apiculteur peuvent mettre sa vie en danger.
En peu de semaines, cependant, son attitude se modifie
fondamentalement.
Ses mouvements sont plus posés, ses réactions sont plus
paisibles, elle continue tranquille et détendue à vaquer à ses
occupations quand on ouvre la ruche et retire les rayons.
Lorsqu'elle a pondu durant environ quatre semaines, elle est en
"pleine maturité".
Sans doute, n'est-ce que l'année suivante qu'elle atteindra sa
productivité maximum mais, dans son allure, ne se marqueront
plus de changements, sauf que ses mouvements deviennent plus
lents avec l'âge.
Le terme que nous avons indiqué pour l'obtention de la pleine
maturité - quatre semaines - peut être un peu trop court pour
quelques reines.
Par contre, il existe des reines à nervosité congénitale - en
particulier des bâtardes, mais aussi certaines reines de
provenance française et anglaise - pour lesquelles le terme
devra être fixé un peu plus long.
Cependant, suivant notre expérience, un temps de deux
mois suffit, même pour les cas les plus extrêmes.
Un autre point important est encore à relever en l'occurrence :
les reines fraîchement fécondées que l'on encage trop tôt, avant
la pleine maturité, sont fortement abîmées.
L'éleveur commercial cherche à tirer parti de ses reines
fraîchement fécondées, aussi vite que possible, soit quelques
jours après le début de la ponte.
Indépendamment du gros déchet qui en résultera lors de
l'introduction, retenons que les reines récemment fécondées,
lorsqu'elles sont encagées avant pleine maturité, sont
extrêmement délicates.
Des reines de l'espèce sont la plupart du temps handicapées de
façon permanente dans leur rendement.
Nous sommes convaincus que le rendement déficient de mainte
jeune reine de prix est attribuable à cette cause.
Contrairement à une opinion souvent entendue, nous croyons
qu'une reine n'atteint pas le sommet de son rendement l'année de
sa naissance, mais seulement l'année suivante.
De même, une reine fraîchement fécondée, introduite au début de
l'été dans une population puissante à fort rendement, ne donnera
jamais autant les années suivantes, qu'une reine qui aura été
retenue dans une colonie de réserve jusqu'à l'automne ou au
printemps suivant.
La théorie suivant laquelle une jeune reine est nécessaire à
l'automne en vue d'un bon hivernage ou pour bien tirer parti de
la bruyère, est erronée.
Suivant notre expérience, ce sont des reines à leur deuxième
année qui donnent le plus grand nombre d'abeilles pour la
bruyère et le plus grand nombre d'abeilles jeunes pour
l'hivernage.
C'est alors qu'elles sont au faîte de leur forme. C'est
pourquoi le remérage en juillet ou août est une grosse faute -
sauf, bien sûr, dans les cas où la vieille reine est
défectueuse.
En règle générale, nous n'introduisons jamais une jeune reine
dans une colonie si ce n'est dans les années où, tard dans
l'automne, nous avons un grand surplus de jeunes reines.
Nous le faisons alors la première semaine d'octobre.
Mais nous préférons laisser la jeune reine en colonie de réserve
et ne l'introduire qu'à la fin mars, soit dès que la température
printanière permet de procéder à son introduction.
Nous hivernons habituellement 400 colonies de réserve, en
chiffres ronds.
Nous n'utilisons pas toutes ces reines pour les introductions de
printemps.
Les autres sont gardées en réserve, pour le cas où la reine ne
donnerait pas satisfaction, durant la saison, dans l'une ou
l'autre colonie de production.
Nous remérons donc généralement au printemps, parfois,
occasionnellement aussi, en fin d'automne et aussi en tout autre
temps de la saison apicole lorsque cela nous parait nécessaire
et quand cela nous convient.
Nous sommes tellement certains de la réussite, que point n'est
besoin d'aller voir si la reine a été acceptée ou non.
Si, d'ailleurs elle devait ne pas l'avoir été, nous le
remarquerions bien vite, chaque reine étant clippée avant
introduction.
L'apiculteur praticien ? nous nous y attendons - va faire toutes
sortes d'objections à ce plan suivant lequel les jeunes reines
ne sont introduites qu'à l'automne, voire au printemps suivant.
Nous n'en croyons pas moins que la façon de remérer que nous
recommandons présente de tels avantages qu'elle supplantera
bientôt toutes les autres méthodes.
Ses désavantages éventuels s'effacent si nous considérons que :
1) L'introduction se fait à la fin ou au début de la saison,
donc à un moment où l'apiculteur n'est pas absorbé par d'autres
tâches importantes.
2) Le changement de reine entraîne à cette époque le moins de
dérangement à la vie de la communauté.
3) Le travail consacré à cette tâche est réduit au minimum.
4) Pas de pertes, si bien qu'on peut élever de 25 à 50 % de
reines en moins.
5) Chaque reine est acceptée sans être le moins du monde
endommagée.
6) Une réussite absolument certaine de tout le travail de
remérage est assurée.
Nous avons étudié successivement et à fond les méthodes
d'introduction connues et croyons, en conséquence, connaître les
avantages et défauts de chacune d'elles.
Nous avons fait nos écoles. Toutes les autres méthodes
nous paraissent comporter une dose plus ou moins grande
d'incertitude.
Dans une chose aussi fondamentalement importante que le
remérage, tout apiculteur praticien va pourtant s'efforcer,
autant que possible, de ne rien laisser au hasard.
Quant à nous, nous ne voudrions jamais revenir à un des procédés
antérieurs, pas plus que nous ne désirerions de nouveau faire de
l'apiculture en paniers.
Nous savons que peuvent survenir des circonstances rendant
nécessaire l'introduction de reines fraîchement fécondées,
n'ayant pas atteint leur pleine maturité.
Des apiculteurs n'élevant pas eux-mêmes leurs reines, mais les
recevant par la poste, devront aussi avoir recours à un autre
procédé de remérage et d'introduction que celui décrit
ci-dessus.
Occupons-nous donc également un peu de leur cas.
S'il est besoin d'introduire une reine non en pleine maturité
dans une colonie de production nantie ou non d'une reine, nous
recommandons toujours l'introduction par l'intermédiaire d'un
nucleus.
En fait, avant 1937, nous remérions depuis des années de cette
manière, en juin ou juillet.
Le procédé n'est pas infaillible, mais le pourcentage des reines
acceptées est plus élevé qu'avec les autres méthodes
d'introduction, usuelles jusqu'ici.
En outre, il n'y a pas besoin d'encager la reine.
Elle n'est donc pas exposée aux dangers que comporte toute
incarcération.
Nous avons encore régulièrement recours à ce procédé, lorsque
notre stock de reines d'un an est épuisé.
La jeune reine, non en pleine maturité, sera donc, comme dit
ci-dessus, d'abord introduite dans un nucleus formé au moins
trois jours plus tôt.
Elle devrait y pondre au minimum une semaine.
L'introduction dans la ruche définitive a lieu ensuite de la
façon suivante : le nucleus pourvu de la jeune reine est ouvert
et les abeilles exposées à la lumière.
La vieille reine à enlever de la colonie est cherchée et
supprimée.
On enlève alors à cette colonie trois rayons de couvain et, à
leur place - en dérangeant le moins possible - sont glissés les
trois rayons du nucleus avec reine et abeilles.
La colonie est encore laissée ouverte et exposée à la lumière
pendant 5 à 10 minutes, puis on remonte et ferme la ruche.
Si nécessaire, on peut déjà le lendemain, s'assurer si la reine
est acceptée. Mais il vaut mieux, par prudence, attendre
quelques jours.
Les rayons de couvain avec leurs abeilles que nous avons retirés
de la colonie à remérer sont placés dans le nucleus; après trois
jours, nous y ajouterons une cellule royale, ou si nous n'avons
plus besoin du nucleus, nous renforçons une colonie faible de
ses rayons et de ses abeilles.
Le débutant craint peut-être une bataille, lorsque des abeilles
de deux colonies non orphelines sont ainsi réunies sans aucune
précaution.
Il est pourtant établi que des abeilles qui ont été, durant 5
minutes environ, exposées à la lumière, s'accordent en paix sans
prendre aucune autre mesure.
Ici aussi, l'odeur de la colonie ne joue non plus aucun rôle;
ici aussi, la réussite tient, à notre avis, au comportement - en
l'occurrence le comportement des abeilles.
La lumière du jour, comme tout bon observateur au rucher le
sait, a une action calmante sur les abeilles. Nous
n'employons jamais aucune autre mesure de prudence lorsque nous
donnons des abeilles étrangères à une colonie ayant sa reine.
Nous avons recours à cette méthode de remérage par
l'intermédiaire d'un nucleus, également comme moyen de prévenir
l'essaimage.
Le lecteur attentif a remarqué que, contrairement aux
recommandations habituelles, nous n'intercalons pas une période
d'orphelinage avant d'introduire la nouvelle reine.
La vieille reine est enlevée et la jeune immédiatement
introduite - le cas échéant par l'intermédiaire d'un
nucleus. Notre expérience nous a appris que :
1) Il est sans utilité aucune d'orpheliner une colonie avant le
remérage.
2) Une colonie orpheline, avec des cellules royales en train,
est moins disposée à accepter une nouvelle reine; ceci,
toutefois, ne vaut que pour le cas où une reine non en pleine
maturité est introduite.
3) Une cellule royale échappe bien facilement, quand il
importerait de la détruire, ce qui met la nouvelle reine en
grand danger.
Une reine en pleine maturité sera acceptée avec certitude dans
une colonie orpheline, peu importe que l'orphelinage ait duré
quelques jours ou quelques semaines.
Mais, comme dit plus haut, aucune cellule royale ni aucune reine
vierge qui pourraient se trouver dans la colonie orpheline, ne
doivent avoir été omises.
Le meilleur moyen de s'assurer de la présence ou de l'absence
d'une reine, consiste, comme on sait, à glisser dans la ruche un
rayon de jeune couvain.
S'il n'y est pas érigé de cellules royales, c'est qu'une reine
vierge est présente.
En résumé
Nous nous sommes efforcés de montrer :
1) que l'odeur de la colonie ou que l'odeur de la ruche n'a
aucune influence lors de l'introduction d'une reine;
2) qu'un encagement plus ou moins prolongé de la reine - plus
d'un jour - compromet son acceptation;
3) que l'état de la population et l'humeur des abeilles n'ont
aucune importance pour ce qui a trait à l'acceptation de la
nouvelle reine, mais qu'il est pratiquement impossible de
déterminer le moment psychologique favorable à une acceptation
certaine lorsque la reine n'est pas en pleine maturité;
4) que, par contre, l'état de la population et l'humeur des
abeilles sont absolument indifférents lorsque la reine se
comporte à tous égards, de façon à ne pas éveiller d'hostilité;
5) que le comportement de la reine est en tous cas, le facteur
déterminant qui décidera, en fin de compte, de son acceptation
ou de son rejet;
6) que le comportement de la reine dépend de son état et de son
âge.
Notre affirmation suivant laquelle la reine est le facteur
fondamental et unique qui décide de l'acceptation, s'appuie sur
les faits suivants :
1) Des reines en pleine maturité, en ponte, peuvent être
introduites au mépris total de toutes les mesures de précaution,
considérées jusqu'ici indispensables.
2) Les colonies remérées suivant ce procédé peuvent déjà être
ouvertes le lendemain sans le moindre danger pour la nouvelle
reine.
3) Les reines introduites de cette façon sont infailliblement
acceptées.
Nous avons conscience que nous avons établi quelque chose qui va
à l'encontre de toutes les théories et de tous les conseils de
nos traités.
Mais nous nous appuyons sur notre expérience et sur les faits
que nous avons observés.
Il est superflu de nous excuser, pensons-nous, d'accorder tant
d'importance à cette question si primordiale de l'introduction
des reines.
Une méthode d'introduction sûre, qui garantit que toute reine,
non seulement sera acceptée, mais encore le sera sans être
endommagée aucunement, constitue l'un des fondements majeurs de
l'apiculture.
Tous les experts éprouvés sont d'accord sur ce que le haut
pourcentage de jeunes reines qui, bon an mal an, se perdent
misérablement au seuil de leur utile carrière, constitue une des
lacunes les plus profondes et regrettables de l'apiculture
moderne.
Une méthode infaillible d'introduction, ainsi qu'un stock de
reines suffisant pour parer à tous les aléas, ces deux points
sont la clef de la réussite en apiculture.